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La légende des Rapides-du-Diable

La légende des Rapides-du-Diable

19 juin 2015

Pourquoi les rapides de la rivière Chaudière situés à Beauceville se nomment-t-ils les Rapides-du-Diable?

Ce nom est tiré d'une légende racontant que Benedict Arnold et l'armée américaine auraient perdu leur trésor en 1775 et que celui-ci, qui n'a jamais été retrouvé, serait gardé par le diable en personne.

Ce nom peut également s'expliquer par de mystérieuses et tristes histoires comme de multiples noyades et naufrages dans le passé. Des événements bizarres parlant de sorcières, de fantômes et de boules de feu qui roulent sur la rivière pendant la nuit s'ajoutent aussi au passé des Rapides-du-Diable.

Pour plus d'informations, nous vous invitons à vous rendre au Parc-des-Rapides du Diable, situé entre la route 173 et la rivière Chaudière, à Beauceville. Le parc offre aux visiteurs une forêt de haute qualité, des sentiers pédestres (400 m), des aires de repos et de pique-nique ainsi qu'une vue exceptionnelle sur la rivière Chaudière et les Rapides-du-Diable. Découvrez l'histoire de ce parc, son passé aurifère, l'origine de son nom et l'influence de Benedict Arnold en consultant les panneaux thématiques.

 

La légende...

« Un de ces chercheurs de trésor s'appelait le vieux soldat. Il avait servi à Oswégo, William-Henry, Carillon, et Montmorency avec Montcalm; il l'avait même vu tomber sur les Plaines d'Abraham le 13 septembre 1759.

Après la capitulation de Montréal aux mains des Anglais en 1760, il rentra chez lui sur la côte de Beaupré et court les bois pour ne pas fréquenter les Anglais. Plus tard, il vient se réfugier à Saint-François-de-la-Nouvelle-Beauce, plus précisément chez son frère à la Touffe de Pins, près des Rapides (maintenant connu sous le nom de Notre-Dame-des-pins).

Il parcourait toute la région, réparant horloges et fusils, fondant aussi les cuillères de plomb. Pendant de longues veillées, devant le feu de cheminée des habitants, on lui assurait qu'Arnold avait perdu un coffre rempli d'or et d'argent dans les Rapides. Le Diable en était le gardien incontesté! Pour s'en emparer, il fallait absolument avoir un Petit Albert, grimoire qui enseignait le moyen de faire apparaître Satan et faire un pacte avec lui.

Il se rendit donc à Québec chez les Ursulines réciter un De Profundis, sur la tombe de Montcalm. Amusés, de vieux amis lui procurèrent le fameux livre, une prétendue corde de pendu, une chandelle de suif de mouton en guise de chandelle de graisse de pendu, un couteau qui n'avait jamais servi, etc. Une entrevue avec le Diable, peut-être?

Par après, il vola une poule noire. Un vendredi 13, à la pleine lune, il se rendit en soirée entre les deux esturgeons , énormes rochers divisant le lit de la rivière en deux. Il se mit à faire le rituel obligatoire. Sur le coup des 11 heures, il saigna la poule noire, là où le trésor devait se trouver. Les nuages lourds de juillet s'amoncelèrent peu à peu. Les mots magiques à la bouche, il récita les invocations apprises. Tout à coup, de l'horizon, apparurent des lueurs qui éclairaient par instants tout le firmament. Des jets de lumière, plus prompts que la pensée, remplissaient la nuit de lueurs blafardes au milieu de bruits sourds et prolongés dans le lointain.

Il se mit à entonner ses conjurations d'une voix solennelle et grave :

« Moi , je te conjure, Satan, au nom du Grand Dieu vivant, Adonay, Jéhova, qui a fait le ciel et la terre, de m'apparaître sous une belle forme humaine, sans me faire peur. Veni satanos, veni satanos ... viens accomplir mes désirs et volontés, sans fourbe ni mensonge, sinon Saint Michel Archange invisible te foudroiera dans le plus profond des enfers ».

Minuit éclata, ébranlant les montagnes. Une boule de feu descendit des nues en serpentant le ciel. La terre s'ouvrit sous la boule enflammée, Satan en sortit et le trésor jaillit des entrailles de la terre. Comme tout bon Canadien-français de cette époque, le vieux soldat, prenant la trainée de feu dans le ciel pour un éclair, fit un signe de croix. Aussitôt, Satan et le coffre rempli d'or et d'argent disparurent... Notre vieux soldat tomba à la renverse. À demi-conscient, brûlé de mille piqûres de feu, il vit un immense globe de feu portant un démon tout noir le menaçant de sa fourche pour le lancer dans les feux de l'enfer. Il voulut crier. Peine perdue, il perdit conscience, cloué au sol brûlant.

Le lendemain son frère le trouva. Dans le délire de sa fièvre, il balbutia les détails de sa descente aux enfers et mourut quelques jours plus après. Un signe de croix l'avait sauvé.

En réalité, un orage, le tonnerre, les éclairs, la pleine lune et ... son imagination surexcitée avaient fait le reste.»

 

Source de la légende citée : Philippe Angers, Le Terroir, 1925 (texte tiré de la synthèse fait par André Garant).

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